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19 avril 2012 4 19 /04 /avril /2012 18:57

Notre foirefouille de maintenant avec d'autres sous-traitants, bien sur

 

LA' BOUTIQUE A UN SOU

La poupée de la- boutique à un sou est, j'en conviens, aussi peu vêtue qu'une naturelle des îles de l'Océanie ; mais cette nudité n'a rien d'immoral : au contraire. Elle est seulement un éloquent appel à l'habileté précoce des doigts de la future « petite .maman «, Quelle supériorité au point de vue de l'éducation chez cette poupée-là ! Et comme elle se met obligeamment à la portée de toutes les bourses !

—Voyez, s'égosille à crier le marchand à travers le froid et la bise, tout est à un sou la pièce, faites vot' choix dans la vitrine

A côté de lui, une femme surveille les achats, reçoit et rend la monnaie, non sans jeter de temps à autre un coup d'œil au bambin qui donne déjà en fausset l'écho du cri paternel. De par ces humbles jouets, la famille aura le soir une somme rondelette dans sa maigre escarcelle. Est-ce que cette pensée ne vous la rend pas intéressante déjà, la boutique à un . sou

En vérité, la boutique à un sou, je me demande qui peut rester indifférent. C'est la boutique encyclopédique ; il n'est rien, remarquez-le, qui ne s'y trouve. L'agréable y est jeté pêle-mêle avec l'utile. Ici un alphabet ou une croix de plomb pour le studieux, là une bourse pour l'économe, un sifflet pour le tapageur, des cartes pour le joueur, une cigarette de camphre pour le malade, un étui pour l'ouvrière et un miroir pour la coquette. Quant aux jouets, vous les connaissez ; tous sont classiques. Les générations se sont transmis de l'une à l'autre, avec un singulier respect, leurs formes immuables. Voici la ferblanterie et la poterie en miniature, parmi lesquelles je retrouve le vase à rebords et à anses, qui a fait de tous temps les délices de la jeunesse gauloise. Voici le singe articulé, toujours prêt à faire la culbute au sommet de son bâton ; voici cet 'ingénieux serpent de bois qui ondule , et la grenouille à ressort qui saute si bien.
Voici la crécelle bruyante et les maréchaux ferrants dont les marteaux alternent si brillamment sur l'enclume, et le cavalier sans jambes, dont le cheval porte un sifflet si malhonnêtement placé.
Ces derniers joujoux sortent tous des fabriques de Liesse, la Liesse du pèlerinage, qui a encore la spécialité des moulins rouges et celle des baguettes de tambour à cinq francs le cent. Liesse, en vieux français, signifie joie : un nom prédestiné ! Je ne sais les ouvriers de Liesse travaillent pour des maisons parisiennes qui les payent en argent, et se contentent de leur fournir le bois de tilleul qu'elles achètent par coupes de deux ou trois mille arbres.

Le petit poupard de carton à un sou, sans bras ni jambes, avec la tête peinte, la bouche en cœur, trois cailloux clans le ventre, et les yeux bleus, est un produit des environs de Villers-Cotterêts. Cette pauvre petite industrie, acclimatée depuis vingt-cinq ans dans le pays, y a porté dans les classes nécessiteuses un certain bien-être. Les braves poupards;! cela ne vous les fait-il pas aimer un peu ? Villers-Cotterêts ne nous les envoie pourtant que façonnés de colle et de papier gris; c'est à Paris qu'ils reçoivent leur séduisant coloris. Quel prix ce joujou peut-il être payé à ceux qui le fabriquent ? Ce que je sais, c'est que le marchand en gros les revend à raison de six sous la douzaine aux petits détaillants. Jugez par là de ce que l'ouvrier créateur doit recevoir.

Toutes ces petites merveilles du bon marché se font à Paris ; et il y a beaucoup de gens qui en vivent. On l'assure, au moins. Il y en a peut-être beaucoup aussi qui en meurent. La plupart n'ont pour gîte que des taudis infects ; vers les hauteurs de Romainville, il est de ces fabricants de plaisir qui remisent dans des huttes construites avec de la boue, De modestes employés cherchent encore dans la confection des joujoux à bas prix un petit supplément à leur maigre salaire. La tête dans les mains, Nos bimbelotiers fabriquent, toujours pour la boutique à un sou, de petits porte-monnaie en papier, à élastique, fort élégants, ma foi; des bracelets de perles, avec une médaille, depjetits chandeliers ou bougeoirs en verre filé, des jeux de patience, découpés par bottes à la scie circulaire, des cartes, des cerfs-volants, des cigares ou des pipes a" musique, que sais-je encore ? Rien n'arrête ces intrépides travailleurs. Ils se font ferblantiers pour tailler des pelles, des pincettes, des écumoirs, des plats, des boîtes à lait, des cafetières ; fondeurs pour couler des médailles ou des timbales ; tisseurs pour faire au métier ces bourses longues, en coton de couleur, qui sont ornées de deux glands et de deux coulants d'acier. Du plus fin acier Je constate et ne garantis rien. Us se font verriers et confiseurs en même temps, pour fabriquer à la lampe, avec des tubes de verre, ces petites bouteilles remplies d'anis, roses et blancs,- qui ne sont souvent que du millet passé dans le sucre. Mais il y aurait mauvaise grâce à les chicaner là-dessus. Tout cela vaut huit sous la douzaine chez le marchand en gros, songeons-y bien ! -

Je n'aurai gardé d'oublier la boîte à dînette. Une boîte en carton, dont le couvercle est garni d'un verre ; autour du verre, du papier doré ; au fond de la boîte, un lit de ouate ; et, sur cette ouate, quelques ustensiles de table en fer-blanc avec deux serviettes en papier dans leur rond. Huit sous la douzaine Lés fouets d'enfants, à manche entouré d'une spirale de papier doré, sont exclusivement fabriqués à Paris par des Israélites. Pourquoi ? Ah ! voilà, je n'en sais rien.

Au fait, n'est-ce pas le prix auquel nos marchands en gros livrent les menus joujoux allemands qui, eux encore, nécessitent des frais de transport ? Les joujoux allemands de la boutique à un sou sont les pantins de bois peints, les mobiliers de bois, remar quables par leur ton d un rouge violacé, des lits, des commodes à porte mobile et à tiroir, des chaises rembourrées couvertes d'étoffes à fleurs, et puis encore des soldats à cheval, ou des quilles, ou une modeste bergerie, ou un ménage dans leur petite boîte ovale. En Allemagne, ces. boîtes se vendent, non se donnent, au prix fabuleux de trois francs ou trois francs cinquante la grosse, soit vingt-cinq à trente centimes la douzaine.

Dans le Tyrol qui fournit les joujoux de bois blanc, c'est mieux encore, ou pis que cela, si vous voulez. La poupée articulée à tête peinte, la petite poupée classique de deux à quatre pouces s'y livre à raison de 1 franc 45 centimes la grosse, juste un centime la pièce. Les enfants cherchent volontiers à connaître le secret de leurs joujoux; vous pourrez leur dire ce qu'il y a de tristesses et de misères au fond de l'objet qui les amuse. Ils comprendront par là qu'il n'y a pas ici-bas de petites choses, que l'argent est chose dure à gagner, mais que le travail et la persévérance triomphent de l'impossible.

Ah ! c'est une grande moraliste que la boutique à un sou!

texte de Monsieur PAUL PARFAIT. (un pseudo?) 1873

N'estime l'argent ni plus ni moins qu'il ne vaut c'est un bon serviteur

 

 

 

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mchristine 19/04/2012 20:12

ça n'est pas la boutique à un sou que j'ai connu (trop vieille pour moi) mais la boutique de "Madame 100 francs" !! à savoir qu'à l'époque, 100 francs, c'est 1 (ancien )franc !! c'était le RDV des
gamins !!

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