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Le blog du passé

Métiers, salaires, conditions de vie , vêtements, alimentation etc. au cours de ce passé riche de découvertes ! Top 1 des mes articles lus : le certificat d'études, l'école, les bébés Top 2 les logements et salaires Top 3 les métiers N'hésitez pas à me laisser des commentaires, je répondrais avec joie

Nourriture en pillules 1902

et oui!! finalement cela date!! visionnaires, mais déjà existant

texte publié dans les actualités scientifiques de 1902

« Il faut manger pour vivre, et non pas vivre pour manger », disaient nos anciens, et ils avaient soin de pratiquer cette formule en faisant le plus possible de bons et copieux repas. Mais les temps sont venus de réaliser chimiquement le programme. Dans une récente étude scientifique, M. Berthelot, dont la science de chimiste est incontestée, nous prédisait, ou plutôt s'amusait à nous prédire que, dans l'avenir, tous les aliments seraient réduits à leur minimum de volume, tout en conservant le maximum de leur faculté de nutrition.
On aurait ainsi le repas en pilules, le gigot réduit à une petite tablette, le blanc de poulet condensé sous la forme d'une feuille de papier à cigarette dont on ferait une boulette pour l'avaler, et ainsi de suite. De la sorte, les heureux consommateurs des générations futures ne connaîtraient plus les perles de temps qui consistent à faire cuire la nourriture, à la découper, à la mâcher, à la digérer. C'était le vieux jeu  « Time is money! »Passez-moi, je vous prie, ma boîte de pilules et n'en parlons plus

Toute plaisanterie à part, la conception hyper novatrice du savant Berthelot commence à se réaliser.

Le début, modeste et agréable, ce fut le lait comprimé et les extraits de viande. Mettre, dans une boite qui tient dans le creux de la main toute la production en un jour d'une bonne vache laitière, ou, dans un petit pot, les parties essentielles d'une vache enragée des Pampas passée au court-bouillon, ce n'était déjà pas mal; nous avons ainsi les tablettes de bouillon, qui peuvent se croquer, et les poudres de viande que l'on peut transporter dans une tabatière. Mais cela est trop encombrant encore, et l'on fait mieux.

Des spécialistes ont constaté que l'estomac de l'homme et des animaux pouvait être, à la rigueur, considéré comme un préjugé, évidemment atavique et enraciné, mais enfin une inutilité physiologique certaine. La preuve en est que des chiens, sans l'avoir demandé, et des humains, après l'avoir demandé aux chirurgiens, ont été méthodiquement privés de leur estomac réséqué : les uns et les autres ont continué à subsister, mais, bien entendu, à la condition de recevoir une simili-nourriture appropriée, c'est-à-dire l'aliment chimique tout digéré à l'avance, tel que nous le fait espérer, sinon souhaiter, un avenir prochain.

Ce n'est point une plaisanterie : On en raffole, d'ores et déjà, en Allemagne.

Il s'agit principalement de matières albuminoïdes, analogues au blanc d'œuf, que l'on donne, tout d'abord, à digérer à une cornue de laboratoire, sorte d'estomac en verre qui a bien la forme d'un estomac d'animal et qui en prend les fonctions.
Lorsque la cornue a fait son bon repas, on en extrait le résultat ; alors le consommateur bénévole n'a plus qu'à l'introduire par la bouche dans son for intérieur, et la digestion est faite d'avance ; les gens à leur aise pourraient même régler à leur volonté l'importance des indigestions inséparables du luxe des jours de fête, des repas de corps, et des banquets.

Uno considération amusante, c'est que la préparation de ces aliments digérés par procuration s'est créée et développée en Allemagne comme annexe des puissantes usines de matières tinctoriales dont nos voisins inondent le Monde entier. On emploie, en effet, beaucoup d'albumine, ou blanc d'œuf, dans ces usines, et il y a d'importants résidus. Au lieu de jeter ces résidus à l'égout, on en fait des aliments chimiques, l'idée est géniale ! Tout rentre dans la consommation.

Si encore il s'agissait de simples fantaisies, d'exagérations scientifiques imaginatives. Mais non  c'est la réalité, c'est déjà l'alimentation, c'est déjà dans le Commerce! La consolation unique est do penser que les gens nourris d'aliments chimiques n'auront plus de crampes ni de maladies d'estomac : parbleu ! Ils n'auront plus d'estomac du tout. Mais ils auront peut-être d'autres maladies qui feront regretter, ô horreur ! Le bon vieux temps du cancer de l'estomac.

 

 

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