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25 février 2012 6 25 /02 /février /2012 14:55

Bien avant la création des chemins de fer, voire de la Grand-route — connue aujourd'hui comme Route Nationale N° 15, Paris était amplement et principalement approvisionné en poisson frais par Dieppe, son port de mer le plus proche.

le souvenir des « Chasse-marée » est resté vivace parmi les anciens usagers de la pêche. C'étaient les voituriers, les rouliers, qui partaient de Dieppe au coucher du soleil, pour livrer à l'aube, au carreau des Halles de Paris, le poisson qui avait été péché la nuit précédente. Monté en postillon, sur l'un des quatre vigoureux « boulonnais » attelés par paire« le chasse-marée » pilotait une sorte de long haquet, bien équilibré, sur de hautes roues et parcourait en moins d'un tour de cadran d'horloge les quarante lieues qui le séparaient de la capitale Sous le Premier Empire, quand la route directe de Dieppe à Paris fut ouverte à la circulation, la tâche de nos poissonniers se trouva sensiblement facilitée par la qualité
et la largeur de sa plate-forme, de ses longs alignements Au temps du bon roi Henri, le réseau routier était assez peu développé. Il comportait principalement des voies cavalières, véritables sentiers ou pistes, dont on retrouve, de nos jours encore, la trace à travers champs.

Quant aux chemins charretiers, ils étaient rares et c'étaient, pour la plupart, d'anciennes voies antiques sommairement entretenues. Les véritables cartes routières n'apparaissent guère qu'avec les relevés de Cassini, au commencement du XVIIIe siècle et, pour reconstituer l'itinéraire suivi par les poissonniers, antérieurement à cette époque, la première qui reliait Dieppe à Rouen, remonte au règne de Louis XIV. Les Routes d'Eu et du Havre furent ouvertes en 1775.

C'est du « Haut-Pavé » aujourd'hui les Arcades et Quai Duquesne que les chasse-marée procédaient au chargement de leurs voitures Le poisson était placé dans des corbeilles ou « bourriches », dont la confection se continue parmi les vanniers de Freulleville et de Meulers (dans la vallée voisine de la Béthune)

Franchissant l'enceinte de Dieppe, par la Porte de la Barre (on Porte de Paris), les chasseurs de marée escaladaient, par le « Château-Trompette » corps de garde du Fort Montigny la rude pente de la Cavée du Mont-de-Caux (ancien chemin de Paris, aujourd'hui rue Montigny). Ils gagnaient le plateau par le chemin intérieur de Janval, les abords des Vertus, ou plus exactement du lieu dit alors « le Jardin sur-Dieppe », puis ils traversaient successivement les paroisses de Rouxmesnil, Gruchet, Tourville,Aubermesnil où ils empruntaient « la Gauchie » ou le Chemin des Fées » qui, par la Chaussée, le Bois-Hulin, Sainte-Foy et Pelletot était la seule route carrossable desservant, à la fois, Rouen et Paris.

A Pelletot, l'itinéraire reste quelque peu indécis. Nos routiers continuaient-ils leur randonnée par la plaine ,passaient-ils par Saint-Hellier et Bellencombre ? ... Les marécages qui s'étendaient encore au XVIIIe siècle entre cette dernière agglomération et le bourg de Saint-Saens laissent un doute d'autant plus grand qu'on ne relève aucun raccordement entre ces deux points. Ce court tronçon mis à part, il n'en demeure pas moins que l'existence, à Fréval, d'une vieille Maison de Poste, constitue un jalon sérieux qu'ils abordaient.

Par l'une ou l'autre piste, ils joignaient ensuite le relais de la Boissière, situé à l'intersection des vieux chernins de Rouen à Neufchâtel et de Dieppe à Gournay (sur l'ancienne paroisse d'Omonville-sur-Varenne, maintenant commune de Saint-Martin-Omonville).les divers recoupements permettent de fixer, avec une quasi certitude, les trois premières étapes :Dieppe à la Chaussée, la Chaussée à Fréval, Fréval à la Boissière. (Elles varient de 12 à 16 kilomètres, ce qui porterait à onze étapes l'ensemble du parcours, chacune étant franchie à la moyenne d'un peu plus d'une heure, y compris le changement de chevaux.

Dès lors, nous suivons facilement leur piste. Par Buchy, Sigy, Argueil et Fry, ils atteignaient Gournay, qui marquait la moitié du parcours. Un peu avant Gisors, les grelots sonores des montures saluaient au passage, De Gisors, nos mareyeurs gagnaient Magny, où ils s'engageaient sur l'antique voie romaine, encore visible et toujours connue sous le nom de « Chaussée de Jules-César ». Celle-ci, dont il est intéressant de préciser le jalonnement, traversait tout le plateau du Vexin et menait directement à Saint-Denis. Entre Magny et Pontoise, elle s'inscrit, à peu près à égale distance de la grande route de Rouen et de la vallée de la Viosne. Sans se soucier de réveiller la petite cité endormie, les braves chasse-marée entraient dans Pontoise, au bruyant fracas des roues martelant le pavé. A trois postes de de Paris, pour parler le langage du temps, ils. franchissaient l'Oise, traversaient Saint-Ouen-1'Aumône (ou plus exactement à l'époque : Saint-Ouen-de-1'Aumône), continuant leur cheminement sur la « Chaussée de Jules-César ». C'est ainsi qu'ils traversaient Pierrelaye, longeaient légèrement au sud : Beauchamp et le Plessis-Bouchard, coupant à travers Ermont et Enghien. Faisant suite à cette ancienne voie détruite, entre la Seine et la ligne du Nord, à la hauteur de la gare de Saint-Denis, s'ouvre « la Rue des Poissonniers », appellation qui se renouvellera, sans cesse, jusqu'au cœur même de Paris. Celle-ci se poursuivait, en effet, par la section du Boulevard Ornano jusqu'au Boulevard Anatole-Erance (plus connu sous le nom de « Route de la Révolte ».

Par la rue Pleyel, qu'on appelle encore « Chemin des Poissonniers », quittons Saint-Denis pour pénétrer sur le territoire de l'actuelle commune de Saint-Ouen, nous retrouverons le « Chemin des Poissonniers », qui contourne le cimetière parisien aux abords de la station ferroviaire . L’itinéraire franchit les fortifications, en cours de démolition, le Chemin de fer de Petite-Ceinture et pénètre dans le Paris moderne par la « Porte des Poissonniers ». I,a barrière passée, c'est encore, dans le Bas-Montmartre, « la Rue des Poissonniers », dont l'extrémité absorbée par les Boulevards Barbes et Magenta, menait directement à la « Rue du Faubourg Poissonnière ».

Continuant leur course, les Dieppois s'engageaient dans la « Rue Poissonnière » et, par les Rues des Petits-Carreaux et Montorgueil, débouchaient aux Halles au petit jour.

 
Auteur : Association normande pour les progrès de l'agriculture, de l'industrie, des sciences et des arts

Texte de M. Miellot 1933 cité dans

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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