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21 novembre 2010 7 21 /11 /novembre /2010 08:02

Avant de crier dans les rues « du mouron pour les p’tits oiseaux! »

Les mouronniers partent de bonne heure, car ils ont généralement de longues courses à faire ;

Suivons Monsieur B..., dit « le Marquis »

Il est 5 heures du matin, rue des Bateliers, à Clichy
Il habite dans une grande maison en briques à quatre étages contenant seulement de petits logements ouvriers et donnant sur une grande cour.

B...,prépare sa petite charrette à bras ; il garnit la lanterne, se munit de quelques toiles utiles à la cueillette, puis il va détacher un gros bouledogue, son compagnon de travail, qui doit l'aider à traîner la carriole
Passant par Asnières, il rencontre beaucoup de charrettes de chiffonniers qui
se dirigent au grand trot vers leurs places de chiffonnage ; ce sont les chiffonniers d'Asnières et de Gennevilliers, « les gros C... », comme les appellent leurs confrères moins fortunés.
Il déambule maintenant en pleine campagne et traverse le plateau de Sartrouville, d'où la vue domine au loin la plaine. Arrivé à Achères, il approche du terrain de récolte; il est midi passé. Avant de travailler ,il s’ installe alors sur l'herbe, à l'ombre d'un petit bois ; les provisions sont déposées sur une nappe improvisée avec un vieux sac, il mange un peu avant de se remettre en route pour gagner, à 2 ou 3 kilomètres de là, les champs où pousse le beau mouron.

Ces champs mirifiques où le mouron est à faucher, sont situés dans la zone d'épandage des eaux d'égout; grâce à la fertilité qu'elles provoquent et aussi à leur température qui en hiver réchauffe la terre, le mouron pousse à foison, et lorsque le mouronnier peut arriver avant que les sarcleurs dits les massacreurs (soit les gardes-champêtres) l'aient enlevé, c'est pour lui la bonne fortune, la grosse récolte sur place en une heure ou deux. L'opération, fort simple, consiste à arracher la petite herbe par un coup de doigt spécial qui vise à obtenir la touffe entière. Il faut ensuite faire la botte ; quand la quantité de mouron réunie dans la main forme une grosse poignée, on la lie avec un petit lien formé d'une paille arrachée à un vieux tapis, et c'est tout.


Au bout d'une heure et demie , une centaine de bottes sont dans la charrette , il reprend le chemin du retour, avec son fidèle bouledogue qui tire sa vieille carriole.

Le mouron est entreposé ensuite sur un vieux sommier couvert d'une toile métallique pour le conserver du soir au matin et l'arroser afin de le maintenir frais.

Il faudra, du reste, toute la journée du lendemain à B…., notre mouronnier pour écouler sa marchandise. La concurrence est rude, on doit céder un certain nombre de bottes à 5 centimes, et le bénéfice total s'en trouve abaissé.
Il a un certain nombre de clients auquel il vend la botte deux sous à titre de bonnes pratiques; puis, lorsqu'il a servi toute sa clientèle, il écoule ce qui lui reste au rabais, à des marchandes de journaux revendeuses ou même aux halles.

Texte remanié, tiré d’un livre de sciences sociales 1909

 

 

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