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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 19:07

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LES FORTS DE LA HALLE. LES PORTEURS.

Tout le service intérieur des Halles, en ce qui concerne les ventes en gros et le carreau, est fait par la corporation des forts, placée sous la jurisprudence de la préfecture de police. Cette corporation compte aujourd'hui six cent cinquante forts, divisés en autant de sections qu'il y a de ventes en gros. Chacune est commandée par un syndic-chef qui relève

L'insigne distinctif des forts est une médaille portant, gravées, les armes de la Ville de Paris. Cette médaille est en cuivre pour les forts et en argent pour leurs syndics.Ces derniers sont assez nombreux, car les forts ne travaillent jamais isolément, mais par escouades, sous la surveillance d'un syndic-adjoint. Les forts se recrutent au fur et à mesure des besoins du service. On exige d'eux des qualités toutes particulières au point de vue de la force et des garanties complètes au sujet de l'honnêteté.

Les équipes des forts font bourse commune pour chaque vente en gros; leurs services, obligatoires dans l'enceinte des pavillons, sont tarifés, mais, en échange du privilège indispensable dont ils jouissent, ils ont la responsabilité de toutes les marchandises confiées à leurs soins ou placées sous leur surveillance. Après avoir débuté à mille cinq cents francs,

GROUPE DE PORTEURS

les simples forts passent successivement de pavillon en pavillon. Quand ils arrivent à être attachés au pavillon de la vente en gros des beurres, œufs et fromages, ils ont conquis leur bâton de maréchal, à moins qu'ils aient l'espoir de devenir syndics. Le salaire des forts de ce dernier pavillon monte environ à quatre mille francs. Celui des forts du carreau, les forts des hauts fruits, comme on les appelle, dépasse même ce chiffre, mais le travail est plus rude, car il leur faut passer la nuit entière dans la rue, exposés à toutes les intempéries des saisons.

Les forts se montrent très fiers de leur profession ; rien ne leur est plus sensible que d'être confondus avec les porteurs, car, pour être porteur aux Halles, il suffit d'en faire la demande en produisant un certificat de domicile délivré par le commissaire de police.

Le porteur, une fois inscrit, reçoit une médaille qui lui donne le droit de faire des corvées aux alentours des Halles. Cette médaille change de forme tous les ans, afin d'obliger leurs titulaires à se présenter au moins une fois chaque année pour faire connaître leur nouvelle adresse. Ce sont autant de points de repère que la préfecture de  police prend dans l'existence de ces individus. C'est pourquoi elle se montre si prodigue d'autorisations, sachant bien qu'elle ne fera pas travailler ceux qui n'en ont pas envie. Sur quinze mille inscrits, il y a environ trois mille porteurs qui travaillent consciencieusement; d'aucuns se sont Fremarquer par une telle probité, depuis de longues années, que les marchands n ' hésitent pas à leur confier de grosses sommes pour aller solder leurs achats. On ne s'étonnera donc point d'apprendre qu'une Chambre syndicale existe pour aider au relèvement de la corporation.

Avec ces honnêtes gens, on remarque sur le registre d'inscription des noms qui ont figuré trop souvent sur les livres d'écrou des maisons pénitentiaires.

Dans une rafle de vagabonds, huit fois sur dix, quand le commissaire demande à l'individu quelle profession il exerce, celui-ci répond : — Je suis porteur aux Halles!

Le commissaire de police sait à quoi s'en tenir, mais quand il n'y a pas de charge sérieuse, il feint de se contenter de cette réponse, trouvant bien inutile d'envoyer au dépôt un vagabond qui sera relâché quelques heures 

Aux Halles, les véritables porteurs rendent d'utiles services aux restaurateurs, aux cuisiniers, aux fruitiers, venant chaque jour faire leurs emplettes.

Chaque acheteur peut payer comptant et emporter sa marchandise si elle se trouve sur le carreau, ou bien la faire sortir du pavillon en acquittant la redevance aux forts, s'il s'agit d'une vente en gros faite à l'intérieur des Halles.

Tout autour des pavillons et du carreau se trouvent, à postes fixes, des femmes dont le nom de gardeuses indique bien les fonctions. Quand un acheteur vient de faire une acquisition, il jette sur le lot vendu une pièce de o fr. 10, montant du salaire du fort et un jeton de cuivre portant son nom et celui de 1 gardeuse. C'est à celle-ci que le fort va porter la marchandise, c'est elle qui centralise les achats successifs de ses clients; ceux-ci n'ont plus qu'à enlever eux-mêmes ou à faire enlever par des porteurs.

Le salaire des gardeuses est très minime, mais il est grossi chaque jour par un pourboire leurs patrons, lorsque ceux-ci viennent acquitter les taxes dues à l'entrepreneur adjudicataire de ce service de garde. Les bons offices des porteurs et des gardeuses sont facultatifs; ceux des forts, au contraire, sont obligatoires, de façon à régler

Titre : Le Mois littéraire et pittoresque

Date d'édition :

1899-1917

Année janvier à juin 1902

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