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13 septembre 2011 2 13 /09 /septembre /2011 19:10

VINGTIÈME ARRONDISSEMENT début 1900


Le XXe arrondissement est logé presque entier sur le haut plateau de Romainville et de Bagnolet :
Par comparaison avec ses voisins, Saint-Fargeau peut passer pour aisé, ainsi d'ailleurs que cette partie du quartier d'Amérique qui est au nord de la rue des Lilas. Autrefois toute cette région était occupée par des maraîchers et des horticulteurs. On y produisait les légumes, le raisin, et la fleur d'oranger pour mariages. L'industrie devait être bonne ; car, sur les terrains de culture, il y a maintenant de petites villas. Ce ne sont pas des constructions luxueuses, comme à la Muette ; mais de très modestes maisons d'une valeur de quelques milliers de francs qui sont souvent la propriété d'ouvriers d'industrie ou d'anciens petits commerçants du IIIe ou du XIe arrondissement. Ceux delà dernière génération assurent que de leur temps tout le haut Belleville était morcelé de petits domaines bourgeois. C'était le rêve des petits boutiquiers d'avoir là maison et jardin ; et comme il suffisait de peu d'argent pour s'établir, ils ont vite fait de former des groupements importants. D'ailleurs le sol ne se prête pas facilement à la construction de hautes maisons. Le sable et la terre glaise qu'on rencontre partout obligent au creusement de puits profonds pour les fondations et à des travaux d'art qui supposent la mise en oeuvre de gros capitaux, peu en rapport avec le prix des terrains .Peu à peu, le quartier se modifie, la population compte déjà 15.000âmes, les moyens de transport, dans les directions de l'Opéra et du Château-d'Eau s'améliorent tous les jours, les maraîchers s'en vont, ne laissant derrière eux que quelques horticulteurs qui font des fleurs et des arbustes pour les cimetières ; l'aspect champêtre du lieu est évidemment menacé. Mais, la population jouit encore de commodités réelles, elle est tranquille, vit de ses rentes ou de son travail dans Paris ; les mauvais garnis n'ont pas encore paru.

Il a été construit récemment, rue du Télégraphe, trois grandes maisons ouvrières, hautes de .six et sept étages, qui ont été fort bien accueillies. Les loyers n'y sont pas trop élevés et ils présentent cette particularité que les prix s'abaissent en même temps que s'élève le nombre des enfants des locataires.

 Il y a des ombres dont nous n'avons rien dit ; l'impasse du Progrès, l'impasse Haxo, le passage Boudin sont des refuges les malheureux s'entassent en des maisons basses, de un ou deux étages, perdus dans des espaces considérables, absolument dépeuplés, dont quelques-uns mesurent 80.000 mètres carrés. Là, c'est la solitude qui encadre la misère.

Il semble qu'il ne faut pas, pour le reste de l'arrondissement, s'attacher aux divisions administratives, par quartier. Ce qui frappe, ce sont les différences qu'on constate dans l'extérieur des habitants, suivant qu'on s'approche ou qu'on s'éloigne de la ligne des boulevards; et la remarque est la même qu'il s'agisse de Belleville, du Père Lachaise, du quartier du Combat dans le XIXe, ou de Charonne dans la partie qui n'est pas en plaine. Il y a, comme une série d'étages dans la population : en bas, près des boulevards, ce qu'il y a de moins bon. en mélange avec les éléments qui composent la population générale, et dans une région l'on compte, en certains points, 800 habitants à l'hectare  sur les bords du plateau, notamment aux alentours de la mairie, des familles laborieuses les hommes sont ouvriers ou employés et les femmes, surtout les jeunes filles, occupées dans les ateliers ou manufactures ; et, plus loin, jusqu'aux fortifications, les maraîchers et petits rentiers que nous venons de voir dans Saint-Fargeau, isolés au bord de longs terrains vagues.

En parcourant le quartier du Combat, il a fallu formu
1er un regret à la vue de ces misérables garnis qui avoisinent le boulevard de la Villette. dans le bas des deux quartiers, sont remplies de ces affreux immeubles, malpropres, surpeuplés, où logent, à la semaine, souvent à la nuit, plusieurs milliers de créatures, hommes et femmes, qui vivent d'expédients ou de délits. Les souteneurs, les filles, les repris de justice sont là comme à l'affût des occasions qui peuvent s'offrir à leur portée.
Il n'est pas possible de n'être pas frappé du nombre et de l'importance des coopératives ouvrières de consommation qui rayonnent sur le XXe, sur le XIe et sur la partie du XIXe qui se confond avec Belleville. Il est de ces sociétés qui comptent 20.000 membres, d'autres 10.000, ou plusieurs milliers ; et elles sont au moins dix qui font sentir ici leur action. Elles se proposent d'acheter
au meilleur compte et de revendre au prix coûtant les objets d'alimentation, de vêtement, de chauffage qui sont indispensables pour vivre. On espère y joindre des caisses indépendantes de crédit pour venir en aide aux travailleurs dans la gêne ; et par année ou par semestre, on distribue aux adhérents les bénéfices réalisés sur les prix de vente. Cet appât du boni à toucher a fait des prodiges. De suite, il faut dire que cela est heureux à tous points de vue. C'est presque de l'épargne que ce calcul de combiner pour une date précise une rentrée d'argent importante.


Dire quelle est la clientèle de ces institutions, c'est passer en revue tout le meilleur de la population du XXe. Ce sont des ouvriers du fer, du bois, du bâtiment qui descendent chaque jour à leur travail dans le centre de Paris, surtout dans le XIe ; ou bien se rendent par la ligne de ceinture à Montmartre, aux Ternes, même à Javel, pour s'occuper dans les usines. Ce sont de petits employés qui appartiennent à des services publics, octroi, travaux, police, bureaux des préfectures et des ministères, ou à des entreprises privées où ils sont métreurs, comptables, commis de magasins. Ce sont des ouvriers, dont le métier se rapporte à la passementerie, à la confection, aux modes. On peut évaluer à près de 20.000 le nombre des femmes qui, dans Belleville et le Père Lachaise, vivent de ces professions. Tout ce monde est là parce que les ressources sont modestes et qu'il fallait trouver au meilleur compte le logement et la nourriture.

On peut dire qu'il n'y a pas d'industrie spéciale, au XXe arrondissement. Sans doute, on pourrait citer quelques fonderies, quelques fabriques de produits chimiques, tels qu'allume-feux et matières stéariques, quelques associations de peintres et de cochers. De même, l'existence du cimetière explique la présence d'un certain nombre de marbriers et de marchands de couronnes. Mais tout cela ne peut faire vivre qu'une part infime de la population qui réside. Aux premières heures du jour et le soir quand est finie la journée du travail, c’est un mouvement fantastique de tous les adultes, hommes et femmes, qui s'en vont ou reviennent. Dans la journée, les quartiers sont comme frappés de sommeil. Seuls, les marchés et la rue des Pyrénées ont encore un peu d'animation. Les ménagères s'occupent des intérieurs, font les provisions et soignent les enfants. Ici, il y en a presque autant qu'au XIIIe. Beaucoup sont mal portants ; beaucoup aussi ne sont pas nés d'unions régulières. Le monde ouvrier se compose, en effet, d'individus le plus souvent célibataires et dans la force de l'âge : on dépense plusieurs années avant de fonder une famille et l'on obéit cependant à tous les besoins naturels de l'existence. Quant aux denrées alimentaires, elles sont d'un prix extraordinaire de bon marché. On trouve, dans ces régions habitées par les pauvres, des viandes, des légumes et des fruits qu'il serait impossible de découvrir ailleurs. Il paraît qu'ici on peut manger, par exemple, d’excellents plats faits de langues de moutons. Je crois bien qu'un mets de ce genre semblerait à nos Parisiennes du Louvre ou du Luxembourg aussi exotique qu'un nid d'hirondelles.


Il est de vieux immeubles qui sont de véritables casernements de malheureux. Il suffirait pour les découvrir de parcourir les rues de Belleville, de Tourville, du Pressoir, et Piot, dans Belleville ; dans le Père Lachaise, les rues des Amandiers, de Ménilmontant, Orfila, des Partants et Duris ; à Charonne, les rues des Haies, Courat, Saint-Biaise, et, entre tous, l'hôtel du passage Brémant, rue des Orteaux, qui ne contient pas moins de 400 chambres ou petits logements et réveille le triste souvenir de la cité Jeanne-d"Arc. Sur les terrains non construits, notamment aux numéros 341, 319,190 de la rue des Pyrénées, on rencontre, en certaines places, des agglomérations de roulottes et de baraques faites de planches, de toile, de cartons bitumés, parfois de vieilles boites à sardines ; là trouvent refuge des forains, des brossiers, des repasseurs de couteaux, des rétameurs de casseroles, des fabricants de paniers, des éleveurs de pigeons, des brocanteurs et des chiffonniers. Le prix des loyers varie de 3 francs par semaine à 5 francs par mois, pour un terrain où une famille peu exigeante parvient à camper, avec son cheval, son âne, ou ses grands chiens.

Le brocantage semble être une occupation très répandue. Il s'applique surtout aux effets d'habillement qu'on restaure du mieux qu'on peut, pour les offrir aux amateurs sur le « marché aux puces », près la porte de Montreuil. En vérité, il y a là des occasions superbes pour qui ne craint pas les incertitudes et les souillures du passé. Les chiffonnières du XIIIe arrondissement viennent y vendre leur travail ; elles s'y rencontrent avec les biffins et chineurs de Belleville, delà rue des Amandiers et de la place de la Réunion. Toute la banlieue d'alentour, Montreuil, Bagnolet, les Lilas, concourt à la foule des acheteurs. C'est le pendant du « marché aux ferrailles », de la porte d'Ivry.

Ce « marché aux puces » est à l'une des extrémités du territoire de Charonne dont nous n'avons encore rien dit. Comme le sol s'est abaissé, l'industrie a reparu. Voici des fabriques de coton, des brasseries, des chocolateries, des entreprises de transport, l'usine à gaz, le métropolitain ;

 les abords de boulevard Davout sont occupés par une armée de chiffonniers dont beaucoup entassent des peaux de lapins. Ils trouvent à écouler leurs provisions chez les coupeurs de poils qui travaillent en grand nombre à préparer les chapeaux de soie. Comme on voit, l'ouvrier peut en cet endroit trouver sur place un salaire, et la région se distingue tout à fait à ce point de vue du reste de l'arrondissement.


 

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