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Publié par ancetres-metiers-conditions.over-blog.com

Véritable arrondissement prolétarien !.
Article de Claude Martial en 1937, Photos : Juliette  LASSERRE :
Avec cette description, pas trop envie d’y vivre ….

Photos :

Place d’Italie., Entrée de la Salpêtrière, L'avenue Edison, sans eau ni gaz, ni électricité

Rue Brillat Savarin Passage souterrain pour les autos-boulevard Masséna. Usine Panhard Levassor

C'est que la lutte, pour ce coin de Paris, est comme une tradition locale, née, sans doute, de beaucoup de misères, entretenue par des continuelles souffrances.

L'arrondissement des Gobelins, on l'appelait, au dix-neuvième siècle « le faubourg souffrant », et l'indifférente bourgeoisie s'apitoyait, dans les livres, de loin, sur cette population déshéritée.

Avant 1900 :

Pas assez, cependant, pour lui laisser, au moment du partage de Paris, en 1859, son nouveau numéro. L'arrondissement des Gobelins avait le numéro 20
Mais qu'était-il donc, ce faubourg souffrant 7 A l'origine, un faubourg comme les autres, le faubourg Saint-Marceau, avec un coin de Gentilly, des terrains vagues et des champs. La Bièvre y passait, jolie rivière née d'un étang, près de Saint-Cyr, et qui commence son cours dans une vallée merveilleuse pour l'achever dans un égout. On l'appelait rivière des Gobelins, et telles rues de Paris lui devaient un charme vénitien avec, en plus, une odeur qui, à elle seule, nous enlèverait tout regret de sa disparition. La Seine, alors, s'étendait plus largement au bord du faubourg et l'on pensa, un instant, sur l'emplacement de la gare d'Austerlitz, creuser là une gare d'eau, première ébauche de Paris-Port de mer. Les rails se sont substitués aux canaux, mais c'est au projet, non à la réalisation, que le quartier de la Gare doit son nom.

La salpêtrière

Tout près un chef-d'œuvre de l'architecture, la Salpêtrière ; encore un nom bizarre, Il y avait une fabrique de salpêtre. On y logea des malheureuses infirmes, folles, mendiantes même, et quelques pavillons, qui, alors, offraient une belle perspective architecturale, se transformèrent, pendant des siècles, en une sorte de prison de femmes. Prison de filles, prison de sauvegarde de la tranquillité des jeunes bourgeois, des jeunes aristocrates qui faisaient enfermer là, au
moyen d'une lettre de cachai, des maîtresses encombrantes. C'est resté un asile, mais les murs centenaires qui jamais n'ont connu le confort, sont maintenant encore moins faits pour abriter la pitoyable vieillesse des travailleuses sans rentes. La Salpêtrière a donné son nom à une grande école médicale française, celle de Charcot, créateur de la neurologie.

Elle donne asile, avec le centre chirurgical du professeur Gosset et ses pavillons modèles, à un hôpital qui pourra servir d'exemple, le jour où l'on aura démoli les vieilles pierres voisines. Tout à côté, — car ce quartier pourrait s'appeler quartier de l'Hôpital, — la nouvelle Pitié, autre modèle d'établissement, avec ses grands pavillons isolés et ses vastes jardins..

Jardins encore, derrière le grand établissement des Gobelins, construit pour fournir, avec le génie patient des ouvriers, des tapisseries sans rivales à tous les hôtels de la France royale,
Quelques vestiges du passé, ainsi, restent  comme le Château de la Reine Blanche, ou la rue du Château-des-Rentiers pour faire écho à des paysages spécifiquement prolétariens.

Car les grandes avenues du XIII' ont longuement hanté l'esprit des écrivains naturalistes et populistes. Des avenues très larges, mais sans vie. Un trottoir désert, aux heures du travail
dans les ateliers. De grands murs tristes, quelques cheminées.

Des toits bas, couverts d'une tôle industrielle, ou de ces grandes verrières peintes en bleu. Partout des passages grouillants d'une foule d'enfants. La vie se réfugie, en effet, dans ces voies étroites aux maisons sales. Pas un bel immeuble orgueilleux nulle part, pas une de ces grandes maisons colorées, sourires peints de la rue. Les églises mêmes sont des églises sans luxe qui font le centre de places sans joie.

Pensez qu'il y eut des guinguettes, autrefois, avenue d'Italie, et que les bourgeois venaient y voir passer les chaises de poste courant vers le Sud, par la route d'Antibes. Penser qu'on venait, place Paul-Verlaine, voir les progrès de la sonde qui forait un puits artésien sans jamais rencontrer la nappe d'eau. Qu'il y eut, à la Glacière, autour de la Bièvre, l'animation malodorante des centaines de tanneurs installés là dans leur quartier.

On travaille toujours, à l'arrondissement des Gobelins. Seulement, c'est l'industrie qui s'y est installée. De grandes usines, la Raffinerie Say, Panhard, Gnome et Rhône. Une multitude d'usines moyennes, avec leurs fumées, et, surtout, leurs gaz toxiques.

A côté, des taudis. Une révolte née de la misère attirait, en 1934, l'attention de Paris sur le plus misérable des îlots insalubres, la fameuse Cité Jeanne-d ‘Arc. Il faut avoir, alors, pénétré dans les maisons pourries, grimpé les escaliers obscurs, heurté, du pied, les punaises, tas grouillants couleur de rouille, vu vivre, entassés, malheureux, sans eau, sans lumière, des centaines, des milliers de prolétaires pour comprendre ce que pouvait être, au siècle du progrès, l'exploitation de l'homme par l'homme.

Boulevard Massena - tunnel pour automobiles

Boulevard Edison sans électricité !! sans eau ni gaz

Place d'Italie

Usine Panhard Levassor

Rue Brillat Savarin

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