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Le blog du passé

Métiers, salaires, conditions de vie , vêtements, alimentation etc. au cours de ce passé riche de découvertes ! Top 1 des mes articles lus : le certificat d'études, l'école, les bébés Top 2 les logements et salaires Top 3 les métiers N'hésitez pas à me laisser des commentaires, je répondrais avec joie

Couvre-feu en 1943

C'était la guerre !!!!

Texte écrit en 1943

Rues vides 

C’est la venue du couvre-feu qui fit découvrir aux hommes les lumières de la ville et les étoiles du ciel. L’aveuglement du néon et le grésillement des façades des villes Lumière sont de l’histoire ancienne. Nous roulons sous le tunnel qui conduit de la paix à la paix, mais qui passe sous la guerre.

De ci, de là. Un chef d’îlot souffle les luminions à coups de sifflet comme les bougies de son anniversaire. Est-il vieux le misérable ! Hélas ! il ne se mariera pas dans l’année ; malgré toute
son ardeur, il ne les éteint pas toutes, ses lumières
Mais Il y a aussi les journalistes, grands usagers des passages interdits, des rues barrées et des lieux défendus. Et avec eux quelques agents des services publics. Les unes après les autres, les petites lumières s’éteignent. Le sifflet de la police n’y est pour rien. Elles obtempèrent, à la lon
gue, aux rappels à l’ordre de l’horloge du quartier. Celles des étages inférieurs s’éteignent ,les premières, puis celles des troisièmes, C’est  que les Français appellent le « black-out »...

Contrôle des papiers

Les inconnus dans les maisons

J’ai vainement cherché les clochards, les sans-logis, les vagabonds dans la cité. Sous les porches, sous les ponts, on ne les rencontre plus. Mais on découvre sur les ponts des bourgeois bardés de musettes, de cache-nez et de patience.
Les rondes de police semblent également avoir disparu. Apparemment, les gardiens de. la paix du temps de guerre ne font plus de rondes ; ils restent immobiles sous les ailes de leur pèlerine à leur poste de guet. Lorsque tous les campaniles ont consenti à sonner les douze coups de minuit — vers une heure du matin —- beaucoup de lumières disparaissent encore. Mais il semble que dans chaque immeuble un veilleur soit de garde. 

Des rencontres sous des porches

Le bar qui ne ferme jamais

Chaque ville a son quartier de la presse. Et chacun de ces quartiers a son bar des journalistes. A l’intérieur de ce bar ouvert toute la nuit et toutes les nuits se cristallise la corporation de la
presse. Journalistes, typographes, linotypistes, protes, plieurs de journaux, chefs d’éditions, secrétaires de rédaction se mêlent dans cette pause dans une authentique communauté de travail. 


Les travailleurs de la nuit

Les parages du marché ne reprennent vie que bien tard dans la nuit, autant dire après le couvre-feu qui tombe avant le jour. Néanmoins, il est très imprudent de circuler la nuit sur les lieux du marché ; on court le risque d’y périr enseveli sous une pyramide de potirons.
L’habitué du couvre-feu se reconnaît à ce qu’il marche au milieu de la chaussée. Certaines nuits sont si noires que l’on a peine à marcher en ligne droite. 
Les travailleurs nocturnes de la rue ne sont pas légion. Les plus familiers sont les réparateurs de voies de tramways. Les équipes de soudure électrique et les poseurs de trolleys n’ont
jamais été aussi heureux que depuis le couvre-feu. En d’autres temps, les premiers incendiaient la nuit d’éclairs silencieux que soulignait seul le crépitement fusant d’étincelles électriques. L’ouvrier soudeur travaille maintenant sous cloche, il disparaît sous un énorme couvre-feu.

Contrôle des laissez passer

 


Voyageurs de la nuit

Les gares n’ont jamais voulu obtempérer aux ordres du couvre-feu. Elles persistent à déverser un flot de retardataires impénitents à chaque arrivée du train. Une main secourable leur accor
de une heure de sursis sous forme d’un laissez-passer exceptionnel. Nantis de cet aussveis et d’un chimérique espoir, ces voyageurs de la dernière heure se lancent intrépidement dans la nuit, l’œil inquiet vers une chambre problématique.
Les indécis, les calmes, les timides se réfugient dans la salle d’attente ; monument de promiscuité, spectacle curieux et affligeant qui évoque les heures les plus noires de l’exode de quarante.
Pêlemêle hommes, femmes, enfants, paquets, valises, chiens, clochards, épluchures, valises, fouillis chaotique, cocktail d’humanité

Bouquinistes et libraires avouent que jamais leur clientèle ne fut aussi vorace que depuis l’ère du couvre-feu. Les Français avaient l’habitude de veiller, ou plus exactement de se coucher
tard — on veille pour quelque chose de précis, tandis qu’on se couche tard sans raison... — Lorsqu’il n’y a plus de cinéma, plus de café, plus de cabarets, ni de visites possibles, on" reste chez soi. Et on lit. Combien nombreux sont ceux qui doivent leur bonne mine au couvre-feu...
Cependant, ceux qui se laissent surprendre en visite par l’heure fatidique se font maintenant héberger par leurs amis avec les moyens du bord. 
Les citadins ont ainsi appris à dormir à même leur sommier pour céder leur matelas à un invité en détresse.

Malgré son pittoresque, les confidences de ses lueurs, malgré son charme noir, le couvre-feu reste lourd au cœur du solitaire qui passe enfermé dans les rues mortes, livré à sa faiblesse devant l’éternité de la nuit. Il rêve de matins, d’aubes rosées, de présences claires et dans la même malédiction il entraîne la nuit, son spleen, ses visions, la solitude qui l’étouffe et « la voix dolente » qui, à la fin d’une triste époque, « sonne l’heure du couvre-feu ».

 

Lien Gallica : ark:/12148/bpt6k1179497t

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